Mon expérience en tant qu’auxiliaire d’enseignement dans le cours comodal Design de systèmes d’enseignement et de formation

28 mars 2020

Cet hiver, j’ai vécu une expérience passionnante avec la professeure Naffi en testant pour la première fois la formule comodale dans le TEN-7006 Design de systèmes d’enseignement et de formation. C’est une formule que j’ai connue grâce à mon étude spatio-numérique de l’engagement étudiant (en cours) qui prend le comodal comme exemple. L’expérience que j’en ai eue était jusque-là théorique parce qu’elle est tirée d’articles et d’entrevues avec des praticiens. Alors, je me suis appuyée sur cette expérience théorique pour assister Mme Naffi dans la mise en pratique de la formule comodale.

« Mme Naffi et moi étions coéquipières » 

Lorsqu’elle m’a proposé la mission, je pensais que cette dernière se limiterait à me connecter à la classe virtuelle et à animer le chat en ligne et à rapporter à la classe les interrogations des étudiants en synchrone. Mais, le fait de parcourir le contenu avec moi, de m’expliquer sa démarche, son approche tout en me demandant de lui faire des suggestions m’ont permis de comprendre qu’elle avait besoin d’une coéquipière et non d’une assistante pour cette nouvelle expérience aussi importante pour elle que pour moi. Cette façon de faire m’a permis de m’approprier le cours, d’anticiper sur ses attentes et de me sentir aussi responsable de la réussite de l’expérience. Je me suis sentie plus à l’aise à proposer de nouvelles choses et à compléter certains manquements dans l’organisation du cours pour mieux prendre en compte les besoins de tous les étudiants en présentiel, en ligne synchrone et asynchrone. Ce travail a été fait avant le début de la session.

« Va et vient entre deux espaces d’apprentissage » 

En tant que « co-responsable » du cours, c’était pour moi une évidence de venir en classe 30 minutes avant le démarrage du cours pour tester les outils techniques avec la professeure, l’aider à résoudre certains imprévus et prendre les dernières consignes pour le bon déroulement du cours. C’est un moment important pour échanger sur les changements de dernières minutes.

Pendant le cours, je suis aussi bien les interactions en classe qu’en ligne. Je m’assure que les étudiants en ligne ont les mêmes informations que ceux en présentiel en écoutant la présentation de la professeure à travers mon casque ou en restant concentrée sur le chat pour surveiller les éventuels problèmes techniques signalés. Je surveille également les questions et les discussions des étudiants pour y répondre si possible ou donner mon avis personnel sur certains éléments. Aux questions dont je n’ai pas les réponses ou aux sujets qui font polémiques, je les signale à la professeure pour écarter l’ambiguïté dans l’appropriation du contenu.

Dans cette situation particulière, mon défi était d’éviter d’avoir deux groupes distincts à l’intérieur de la classe, c’est-à-dire distraire les étudiants en ligne dans le chat au point qu’ils ne soient plus attentifs à la présentation de la professeure en présentiel. J’y veillais tellement que je ne savais plus à quel moment intervenir dans le chat ou si je devais répondre aux questions ou toutes les transmettre à la professeure. J’étais soucieuse de la cohérence de nos propos, car la contradiction dans nos réponses pouvait entrainer la confusion au niveau des étudiants.

Étant toutes les deux conscientes de l’importance d’avoir un discours commun et une même compréhension des attentes des étudiants, nous partagions nos ressentis, nos remarques et nos observations à la fin de chaque séance. C’est un moment opportun dans un travail d’équipe. Ces moments de partage ont permis de comprendre entre autres des difficultés de certains groupes et de leur proposer un accompagnement personnalisé. De plus, en tant qu’apprenti enseignant, ces discussions me forgent et me préparent à ma future fonction.

« Le fait de tester les outils avant la séance ne réduit pas à zéro le risque de rencontrer des problèmes techniques durant l’activité » 

La salle de cours était équipée de caméras orientées vers l’écran principal (en avant vers la professeure), d’ordinateurs, de micro-fils et des haut-parleurs permettant à l’équipe en ligne de prendre la parole sans intermédiaire, celle en présentiel de se faire entendre et à l’équipe asynchrone de ne rater aucune intervention des collègues présents. Toutes les séances sont enregistrées automatiquement via Adobe Connect, sont disponibles sur le site du cours tout de suite après et sont accessibles à tous les apprenants. Ces outils, participent à décloisonner les espaces d’apprentissage et à réduire le sentiment d’isolement des apprenants en asynchrone.

Pour éviter les mauvaises surprises et s’assurer de la bonne marche de ces outils, il est nécessaire d’effectuer un test avant chaque séance. Mais, il est important de noter que le fait de tester les outils avant le cours ne réduit pas à zéro le risque de rencontrer des problèmes techniques durant l’activité. Notre première séance en est une parfaite illustration. Tous les outils ont été testés avec succès 48 h avant le grand jour. Nous avons été déçues de nous rendre compte que tout n’était pas comme prévu : les micros de la salle ainsi que les haut-parleurs ne fonctionnaient pas. Les étudiants en classe pour se faire entendre par ceux en ligne devaient parler dans le micro de l’ordinateur de la professeure connectée à Adobe Connect. Quant à ceux en ligne, je devais répéter leurs questions et leurs suggestions à la classe parce que j’étais la seule à me munir d’un casque.

Cette situation a été frustrante du côté des étudiants aussi bien que du côté de la professeure. Notre plus grand défi a été d’une part de calmer et de réconforter les étudiants en ligne et de rassurer ceux en asynchrone qui n’entendrons qu’une partie du cours (l’exposé de la prof) et d’autre part, de résoudre le problème et de trouver une solution définitive pour les séances à venir.

La participation des étudiants en présentiel dans la recherche de solution a été la chose la plus touchante dans cette mésaventure. De cette collaboration est née l’idée de connecter un autre ordinateur sur Adobe Connect et de placer la caméra face aux étudiants pour que leurs collègues à distance puissent les voir afin de rendre plus chaleureuse l’ambiance de la classe. D’ailleurs, je trouve cela plus juste, car les étudiants en ligne sont fortement incités par la professeure à garder leurs caméras ouvertes pendant la séance.

Une solution pérenne a été finalement trouvée avec l’aide du bureau de soutien technique. Les cours d’après sont devenus meilleurs et les activités plus collaboratives.

« Les travaux d’équipe sont également une réalité dans notre formule comodale » 

Malgré les différents espaces d’apprentissage, le travail d’équipe était devenu une évidence dans ce cours. Les équipes étaient hétérogènes : un mélange d’étudiants en classe, d’étudiants en ligne synchrone et asynchrone. Mais, il est souvent arrivé que tous les membres du groupe soient en présentiel ou en ligne synchrone. Dans tous les cas, la procédure est la même. Ils se connectent tous sur Adobe Connect où ils travaillent en ateliers supervisés par la professeure et moi-même. Nous faisions le tour des ateliers pour s’assurer que tout va bien pour tout le monde et réexpliquer les consignes au besoin. Les groupes restituent leurs productions en grand groupe pour permettre aux autres collègues de poser des questions et d’apporter des suggestions.

Cette approche collaborative brise le mythe de la distanciation sociale dans la comodalité. L’intervention de la professeure après présentation permettait aux étudiants de mieux comprendre ses attentes par rapport aux évaluations sous forme de projet. Certains éléments étaient une découverte pour moi parce que je ne maîtrisais pas le contenu de ce cours.

« Une connaissance voire une maîtrise du contenu enseigné serait un plus pour réussir sa mission » 

La plus grande difficulté a été celle de découvrir les explications du contenu en même temps que les étudiants. Je m’explique. Ce cours, je l’ai suivi en automne 2016 avec un autre enseignant, forcément un contenu différent. Donc, tous comme les étudiants inscrits à ce cours, je faisais les lectures toutes les semaines et en classe, j’étais attentive aux explications de la professeure afin de pouvoir répondre aux questions des étudiants selon sa logique. De ce fait, je ne pouvais pas anticiper sur des choses pas encore évoquées ou répondre à certaines interrogations selon ma propre vision des choses.

Cependant, je n’ai pas regretté tous ces efforts fournis pour la réussite de ce cours. Je suis gagnante dans cette expérience parce que les lectures et les explications de la professeure m’ont permis de mettre à jour certaines connaissances et de combler certaines lacunes dans le domaine du design pédagogique. Je suis également mieux outillée pour accompagner plus efficacement les prochaines cohortes.

« Au-delà de l’expérience pédagogique, on découvre des personnes et des personnalités » 

C’est une expérience riche d’apprentissages et de découvertes qui pourrait ouvrir des perspectives de partenariats de recherche ou d’assistanat dans d’autres cours. Au-delà de l’expérience pédagogique, on découvre des personnes, des personnalités qui ne peuvent que nous être utiles dans notre recherche de savoir.

La formule comodale a été un succès dans ce cours grâce aux multiples initiatives et à l’implication de tous les acteurs : étudiants, professeure et auxiliaire. Nos peurs et nos craintes sont devenues nos forces. De plus, la professeure a été ouverte aux idées, flexible et créative. Elle réajustait son contenu et son approche selon l’expérience précédente et les retours que je lui faisais.

Je retiens qu’il n’y a pas de règles ou de procédures prescrites pour réussir la formule comodale. Il suffit de choisir les bons outils, la bonne salle de cours, d’être créatif et capable de se rajuster à tout temps.

Autrice