Le microlearning pour pallier les besoins de formation des paramédics

26 avril 2021

Les paramédics du Québec devraient avoir accès à 32h (soit l’équivalent de 4 journées de 8h) de formation continue par année, que ce soit pour l’implantation de nouvelles directives opérationnelles, des changements de protocoles, du maintien de compétences, etc. 

Or, en 2019-2020, les 1002 paramédics de la Corporation d’Urgences-Santé ont reçu un total de 3240 jours de formation, pour une moyenne de 3,2 jours de formation par paramédic.  Et ce nombre de jours de formation inclut l’intégration des nouveaux employés de même que les formations de retour au travail suite à un congé, une maladie, etc.  On voit donc que l’on est bien loin du compte pour les heures de formation, et on parle ici du plus gros service au Québec, celui qui a les plus grosses infrastructures pour gérer la formation.

La situation actuelle de pénurie de main-d’œuvre chez les paramédics du Québec (11,4% des heures travaillées l’ont été en heures supplémentaires) fait en sorte qu’il est impossible, au niveau opérationnel, d’enlever des paramédics de la route pour les asseoir dans des classes.  Cela provoquerait un manque de véhicules sur la route et engendrerait des délais de réponse aux conséquences possiblement funestes.

Comment le microlearning pourrait-il régler la situation?

Le microlearning (ou microapprentissage) est un mode d’apprentissage de concepts en petits morceaux.  Cependant, il ne faut pas tomber dans le piège de voir le microlearning comme une longue leçon ayant subi un découpage.  En effet, chaque session est autoportante, même si elle peut faire partie d’un ensemble plus conséquent. 

Il faut que chaque session soit assez spécifique et élaborée pour permettre un réel transfert de connaissances.  On doit avoir un réel objectif d’apprentissage, pertinent et réaliste dans les sessions de microlearning.  Sinon, c’est de l’énergie, du temps et des ressources dépensés pour rien.

On pourrait donc, dans le contexte qui nous intéresse, prévoir différentes formations en microlearning pour réviser les directives opérationnelles (1 directive par session de microlearning), ou encore les changements de protocoles, etc.  Le fait d’inclure de la répétition dans le microlearning est à la base de son efficacité, ce qui a été démontré par la science cognitive.

Les points communs aux différentes définitions du microlearning font état d’une courte durée et d’un objectif précis.  Par courte durée, on entend généralement une durée variant entre 3 et 5 minutes.  La courte durée fait en sorte que les paramédics pourraient profiter de temps morts dans leur journée de travail pour suivre les formations, que ce soit en attendant les appels sur un point d’attente, au début ou à la fin du quart de travail, ou encore en attendant que la civière soit libérée par le centre hospitalier.

Un des principaux avantages du microlearning est qu’il est mobile.  Il est conçu pour être suivi sur des ordinateurs portables, des tablettes, voire même des téléphones intelligents.  Comme toutes les ambulances sont équipées d’ordinateurs portatifs pour remplir les rapports d’intervention, il serait très facile pour l’employeur d’y ajouter une connexion avec identifiant pour ses employés, et d’y déposer des sessions de microlearning obligatoires ou optionnelles.  Et de nos jours, des paramédics qui n’ont ni tablette ni téléphone intelligent sont plutôt rares.  Ils ont donc les outils à leur disposition pour suivre ces formations là où ils se trouvent.

De plus, le microlearning serait 17% plus efficace et 50% plus engageant.  C’est un facteur à prendre en considération si on le compare à de longues formations traditionnelles.  De plus, on peut lui adjoindre une gamification, un système d’émulation, un tableau d’achèvements pour augmenter encore plus la motivation des paramédics.

Dans un contexte d’éducation médicale continue, le microlearning a définitivement sa place.  On peut y mettre un contexte spécifique et bien élaboré pour faire, par exemple, des études de cas afin de développer la pensée critique de l’apprenant.  On pourrait donc soumettre les paramédics à différentes situations pour renforcer leurs décisions cliniques.  Cette approche pourrait être très utile pour intégrer de nouveaux protocoles ou encore réviser des concepts pour des cas peu fréquents.  Dans le même contexte, les nouvelles connaissances et/ou compétences acquises peuvent aussi être intégrées à la pratique aussitôt le microlearning réussi avec succès.  Ce qui veut dire qu’une notion vue le matin même pourra être intégrée aussitôt que lors de l’appel suivant, facilitant par là le transfert.  Le paramédic qui doit suivre une formation en classe où il se fait bombarder d’informations pendant toute la journée n’aura peut-être pas l’occasion d’appliquer ses nouvelles connaissances avant quelques jours, lorsqu’il sera de retour sur la route.

Est-ce que le microlearning est la panacée, la solution à tous les problèmes de formation des paramédics? Absolument pas.  Parce que le microlearning a aussi des limites.  Pour l’acquisition de nouvelles compétences pratiques complexes par exemple, où la pratique sur mannequins est essentielle pour l’intégration d’habiletés motrices spécifiques, le microlearning n’est pas efficace parce que trop court.  Dans le même ordre d’idées, il est aussi préférable d’avoir recours à de la formation plus traditionnelle lorsque les connaissances et les compétences des apprenants ne sont pas suffisantes pour aborder de nouveaux sujets plus complexes.  Il est alors beaucoup plus avantageux d’avoir un formateur ou une formatrice pour donner des explications en profondeur sur les différents sujets.

Le microlearning pourrait, certes, rendre de grands services pour assurer la formation médicale continue des paramédics.  Et c’est une voie qui mériterait d’être explorée plus avant, pour s’assurer que chaque occasion d’apprentissage est utilisée au maximum de son potentiel plutôt que de donner de la formation parce qu’on n’a pas le choix.

Auteur

Sébastien Gagnon