La réalité virtuelle dans les soins de santé : Où en sommes-nous?

18 mai 2021

La réalité virtuelle est présente dans le domaine de la santé depuis plus de 20 ans. Elle est utilisée comme outil de formation autant pour les professionnels de la santé que pour leurs patients.

Qu’est-ce que la réalité virtuelle ?

Selon le Healthcare Simulation Dictionary la réalité virtuelle (RV) est un environnement artificiel tridimensionnel, simulé par un ordinateur et projeté sur un écran, la plupart du temps monté sur un casque. La simulation virtuelle, pour sa part, est bidimensionnelle, puisque l’environnement virtuel est diffusé sur un écran d’ordinateur. La réalité augmentée (RA), elle, est un environnement réel dans lequel des éléments virtuels sont ajoutés.

Avantages et inconvénients

La RV permet aisément de répéter l’apprentissage sans que les actions posées aient de conséquences graves. Un avantage de la réalité virtuelle par rapport à la simulation virtuelle est son effet d’immersion qui donne un caractère fidèle et réel à l’environnement. L’apprenant est plus susceptible d’être engagé dans son processus d’apprentissage, de pousser ses réflexions et de développer son raisonnement clinique. La RV permet aussi de développer des compétences psychomotrices.

Il y a par contre une limite à l’exécution de mouvements très précis. À l’heure actuelle, les contrôleurs, souvent tenus dans les mains de l’apprenant, ne permettent pas de pratiquer des gestes très techniques. Ainsi, pratiquer une ponction artérielle est préférable sur un mannequin. Notons aussi que le casque de RV est plus encombrant que les lunettes de RA. Un autre inconvénient de la RV : malaises possibles (maux de tête, nausées) que peut ressentir l’utilisateur. Enfin, son prix peut être une barrière pour certains.

La RV au service des professionnels de la santé

La RV est destinée autant à la formation initiale qu’à la formation continue des professionnels de la santé.

Pratiquer ses apprentissages

L’Université de Montréal a inauguré son nouveau centre de simulation, en janvier 2020, pour la formation de ses étudiants en sciences infirmières. Ce centre inclut une salle de réalité virtuelle qui plonge les étudiants au cœur de leur profession et les expose à des situations cliniques et des milieux de soins variés. Les étudiants ont aussi accès à des équipements individuels de RV immersive où ils peuvent vivre différents scénarios. Cet apprentissage actif est également possible pour les étudiants en sciences infirmières et en kinésiologie de l’UQAR. Comme d’autres modalités de simulation, la RV permet d’uniformiser l’enseignement en exposant un grand nombre d’étudiants au même large éventail de situations cliniques, plutôt que d’être dépendant des cas cliniques présents au moment du stage. En temps de pandémie, l’utilisation de la RV devient un outil pédagogique de choix par rapport à d’autres, puisque l’accès aux centres de simulation avec mannequins et patients partenaires n’est plus possible. Des plateformes en ligne permettent de concevoir de nouveaux scénarios et de les partager aux étudiants.

Expérimenter une procédure chirurgicale

Grâce à la RV, le chirurgien peut se pratiquer avant d’effectuer une chirurgie sur un patient. Les images recueillies par deux examens médicaux passés par le patient sont combinées pour créer des images tridimensionnelles de l’anatomie du patient. Le chirurgien peut ensuite mettre le casque de RV, visualiser l’anatomie du patient avec précision et planifier sa procédure. Ceci est particulièrement pertinent dans le cas de chirurgies complexes, mais aussi pour réduire les chances de rencontrer des situations inattendues, une fois en salle opératoire. Donc, plus grande sécurité pour le patient et possibilités d’apprentissage pour les collègues aussi.

Développer son empathie

L’empathie, compétence au cœur de la relation thérapeutique, est la capacité de se mettre dans les souliers de l’autre pour mieux comprendre sa réalité. Or, la RV permet littéralement de vivre la situation de l’autre à travers ses yeux! L’apprenant peut ensuite prendre le rôle du professionnel et démontrer son empathie en transmettant sa compréhension au patient. Puis l’apprenant peut se replonger dans le rôle du patient pour expérimenter l’effet de sa propre intervention. Une façon prometteuse de développer son empathie! Voici d’ailleurs une étude en cours qui évalue l’utilisation de la RV dans l’enseignement de l’empathie.

La RV au service des patients

Grâce à la RV, le patient peut faire différents apprentissages. En voici quelques-uns :

Gérer son anxiété et sa douleur

Les patients souffrant de phobies bénéficient de la RV. La thérapie par exposition à la réalité virtuelle (TERV) immerge le patient dans des situations anxiogènes (peur des hauteurs, des foules, etc). Il apprend progressivement à surmonter ses peurs en effectuant différentes tâches de plus en plus difficiles. À la suite des actions qu’il pose, il reçoit des rétroactions qui le guident dans la gestion de ses émotions et l’aident à prendre le contrôle sur ses perceptions de dangers et à prendre confiance en lui. D’autres applications de RV enseignent la relaxation par la respiration et la distraction (diriger son attention ailleurs que sur sa douleur) pour réduire anxiété et douleur.

Acquérir des notions de santé

Avec la RV, le patient peut parcourir l’intérieur de son corps et visualiser l’impact de ses habitudes de vie sur celui-ci, par exemple, l’effet néfaste d’une consommation de sel excessive sur son système cardiovasculaire.

Pratiquer ses fonctions motrices

La RV peut être utilisée en réadaptation pour aider le patient à améliorer ses fonctions musculosquelettiques (mouvements et forces dans ses membres, équilibre à la marche, etc). Que ce soit après un accident vasculaire cérébral, en raison d’une paralysie cérébrale ou autres conditions, la RV encourage le patient à effectuer différentes tâches et le stimule dans sa rééducation. De plus en plus de projets de recherche étudient l’efficacité de la réalité virtuelle en réadaptation.

La RV comme outil de formation progresse dans le domaine de la santé. Les résultats actuels sont prometteurs. Davantage d’études sont nécessaires pour l’obtention de données probantes. Actuellement, il y a ambiguïté dans l’utilisation des termes de technologies virtuelles. Dans certaines études, réalité virtuelle combine la RV immersive et la RV non-immersive (appelée simulation virtuelle). Il serait important de standardiser la terminologie pour s’assurer que les données recueillies soient attribuées au bon type de technologie virtuelle.

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