Regards croisés sur le développement du numérique et de l’IA pour l’avenir de la formation

25 janvier 2022

Investir dans l’humain et dans le développement continu de ses compétences pour collaborer dans un contexte numérique et pour performer avec succès et d’une façon éthique, critique, responsable et durable avec les machines et les technologies émergentes est devenu une priorité de la transformation numérique et de la relance post-COVID. 

Le symposium virtuel « Former pour agir en contexte numérique : CLE de la relance post-COVID » a regroupé le 27 mai 2021 des tables rondes d’experts renommés en milieu de travail, en numérique, en génie informatique, en intelligence artificielle, en psychologie, en anthropologie, en éducation, en technologie éducative et en hypertrucage. Ces experts ont discuté des enjeux et des solutions potentielles pour assurer la formation inclusive, équitable et transformative, la requalification, la mise à niveau et le perfectionnement de la main-d’œuvre d’aujourd’hui et de demain pour un marché du travail en mouvance au sein de la 4e révolution industrielle et de l’ère post-COVID, où la collaboration humain-machine pour une intelligence augmentée est favorisée, voire même attendue.

Le symposium a été organisé en collaboration avec l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (OBVIA). Il a débuté avec le lancement officiel de la Chaire de leadership en enseignement (CLE) sur les pratiques pédagogiques innovantes en contexte numérique – Banque Nationale, sous le patronage de Madame Sophie D’Amours, Rectrice de l’Université Laval.

La troisième table ronde était autour des projets et des visions futurs du développement du numérique et de l’IA pour la formation. Ce qui suit présente un aperçu de ce que les panélistes ont partagé.

Pour visionner l’enregistrement de la totalité de la rencontre, veuillez cliquer ici.

Nadia  Naffi, titulaire de la Chaire de leadership en enseignement (CLE) sur les pratiques pédagogiques innovantes en contexte numérique à l’Université Laval, a animé la discussion lors de la table ronde du 29 mai 2021.

Les panélistes


Tony Aubé, Designer, Osmo

Selon Aubé, Osmo est une plateforme d’IA éducative. Celle-ci permet d’utiliser la caméra d’une tablette électronique pour percevoir les objets posés elle. L’IA va permettre de visualiser, de reconnaître et d’analyser les objets réels afin de créer des expériences interactives entre réalité et monde digital. L’enfant va donc expérimenter des jeux éducatifs dans un environnement de réalités mixtes. 

En lien avec cette première plateforme, Osmo Live est un deuxième projet qui a été conçu pour  connecter enfants et enseignants. Des classes en ligne destinées à un jeune public permettent de travailler ensemble et de réaliser un même devoir sur cette interface numérique. Grâce à la réalité augmentée, les professeurs peuvent annoter et communiquer autour du travail des apprenants.  

Un dernier projet, créé en collaboration avec une firme d’éducation en Inde, est celui de : l’assistant intelligent James. Cet agent numérique a été développé pour accompagner l’apprenant dans ses devoirs. James peut interagir avec un cahier d’exercices pour reconnaître, vérifier et corriger les réponses de son apprenant. 

Une idée commune, partagée par l’ensemble des co-panélistes, est l’utilisation du numérique pour rendre accessible et pour faciliter l’apprentissage dans le milieu éducatif et le milieu de travail.

Aubé souligne le potentiel des agents et assistants numériques. Accessibles à plusieurs personnes ou individuellement, les agents peuvent offrir un soutien de qualité dans des situations où le professeur est absent ou inexistant.

« Ça va permettre un peu de rendre l’accès à l’éducation plus démocratique à travers le monde. »

Mot de la fin :

« Vous n’êtes peut-être pas dans le business de l’intelligence artificielle, mais bientôt l’intelligence artificielle va être dans votre business. »


Keith Beaudoin, Chef de produits, OVA

OVA est séparée en deux grands ensembles : un service de consultation et un service produit. Le premier regroupe les domaines au niveau de l’intégration de l’IA. Le deuxième est centré sur des projets concrets comme StellarX, un projet qui permet aux entreprises et aux industries de se perfectionner en développant un environnement immersif ou en utilisant un canevas de programmation, sans connaissance technologique préalable.

Les projets d’OVA ont pour but de faciliter la création d’environnement et de scénarios immersifs. Il s’agit, notamment, de reconstruire une expérience pour la vivre en virtuel et à distance. Grâce à la plateforme StellarX, il est possible de faire visiter toute sorte d’environnement comme celui d’un musée virtuel. StellarX va alors utiliser de la « shape recognition » pour proposer des outils de décor adapté à l’environnement dans lequel se trouve l’individu. Si l’utilisateur se crée un monde médiéval, la plateforme va lui suggérer des meubles et autres outils adaptés à cette époque.  

Un autre projet développé par OVA a été celui d’un agent intelligent. Pour aider l’étudiant dans ses cours, ce robot va pouvoir prendre le rôle d’un professeur ou d’un formateur afin d’interagir avec l’étudiant. Il peut répondre à ses questions et le guider dans son apprentissage. 

Finalement, les derniers projets se situent en réalité augmentée. Destiné à la défense de la Marine, l’ensemble se fait en collaboration avec des centres de recherche, des compagnies d’IA et des professeurs d’université au niveau mondial. À l’aide d’un guide par étapes, OVA va aider le personnel en machinerie pour reconstruire, réparer ou faire de la maintenance d’équipements. Par l’intermédiaire d’un agent intelligent, il est possible d’identifier et d’aider les employés à choisir les bonnes pièces et outils de machinerie. L’ensemble permettant d’augmenter les connaissances du personnel et lui faire un rappel de ses savoir-faire.

Beaudoin ajoute l’utilité des agents pour les personnes avec un handicap. Selon lui, l’assistant peut adapter le contenu de la formation en fonction des caractéristiques de l’individu. Ainsi, il peut proposer des contenus sous-titrés, des simulations axées sur certains mouvements, etc. L’assistant rend donc la formation réalisable pour tous.  

De plus, l’agent offre un enseignement personnalisé en tout temps. Il va pouvoir réagir en fonction des compétences de chacun tout en s’adaptant au rythme d’apprentissage de l’étudiant.  

« Vu que l’être humain ne peut pas nécessairement répondre à tout le monde en même temps non plus, le système va pouvoir le faire. »

Ce suivi constant représente un grand avantage au cœur du milieu du travail. À l’aide d’un assistant numérique, les entreprises peuvent identifier les forces et les faiblesses de chaque employé. Cela permet d’agir directement face à d’éventuelles problématiques. Au niveau de l’apprenant, l’agent pourra intervenir pour stimuler son apprentissage et ainsi améliorer ses connaissances et ses compétences.  

Au niveau du post-COVID, l’assistant numérique peut représenter un soutien thérapeutique pour les personnes qui ressentent un sentiment de solitude. Celles-ci peuvent être soulagées par la présence d’un agent intelligent qui va répondre concrètement à leurs besoins.

Mot de la fin :

« N’hésitez pas à faire des partenariats […] pour unir nos forces ensemble pour faire en sorte que toutes ces nouvelles technologies là, s’introduisent aussi rapidement qu’elles sont développées. »


Julie Castonguay, Cofondatrice et Chef de l’expérience (CXO), ApprentX

ApprentX a la volonté d’avoir un impact sur la formation et le transfert des apprentissages. Ainsi  a été développée une application web appelée B12. Celle-ci fait un suivi de post-formation des apprenants. En d’autres termes, elle accompagne l’apprenant pour renforcer ses connaissances et l’aider à mieux apprendre.  

Intégrée à cette plateforme, l’intelligence artificielle va générer diverses fonctions pour maximiser la performance de cette application. L’IA va permettre de personnaliser le parcours de formation d’une personne et prédire la suite de sa performance. Elle peut également suivre le parcours de l’apprenant et s’adapter à ses forces et faiblesses.  

Une autre fonction de l’IA est celle du renforcement de la pratique d’extraction. Autrement dit, l’apprenant se souvient de son apprentissage s’il peut reformuler le contenu en ses propres mots. La plateforme B12 propose ainsi des questions ouvertes reliées au parcours de l’apprenant. À l’aide d’un traitement automatique du langage naturel (NLP), le système va pouvoir identifier et valider les réponses reçues.  

D’après Castonguay, il est donc nécessaire d’avoir une personne qui soit capable de vulgariser et de reformuler les idées exprimées. Cette synergie permettra d’avancer plus rapidement et de progresser efficacement dans de futurs projets. Néanmoins, il faut que les intentions et les objectifs soient clarifiés et compris par tous.

Castonguay engage sa discussion autour du pouvoir de l’IA. Suite à la pandémie, les professeurs et les étudiants étaient bouleversés. C’est l’IA qui va leur permettre de bénéficier d’un certain soutien.  

« Je vois l’IA [pour les enseignants] comme étant un de leur super pouvoir, des super lunettes qui peuvent mettre pour pouvoir détecter […] des forces et faiblesses. »

En effet, l’IA peut aider à mettre en avant les problèmes des étudiants. Pour ce faire, cette technologie va récupérer les données d’un apprenant pour établir un diagnostic. Celui-ci sera envoyé et enrichi par des recommandations pour le professeur. Une fois les faiblesses et défis relevés, le professeur va pouvoir mieux performer en classe.

Mot de la fin :

« C’est surtout avoir une idée claire, mais qu’est-ce qu’on veut faire? […] Toujours réfléchir en qu’est-ce que je pourrais prédire? […] Si j’avais la boule de cristal, c’est ça l’IA […] qu’est-ce que ça me permettrait d’améliorer dans ce que je fais ? »


Olivier Palmieri, Directeur de Jeu, Ubisoft Montréal

Ubisoft a travaillé sur diverses réalisations quant à l’éducation et à la technologie. 
La première a été un jeu d’apprentissage pour enfant : « Rabbids Codding ». Celle-ci est une application gratuite, disponible sur ordinateur ou Android, dans le but d’initier et de faire comprendre les notions de programmations.  

Une deuxième réalisation de formation a été créée chez Ubisoft. Il permet d’enseigner à l’interne les méthodes de GAME et de Level Design. Les étudiants, les employés d’entreprise et les employés chez Ubisoft font partie du public concerné. Intégrée à cette formation, la ludification joue un grand rôle dans ce projet. Elle regroupe un ensemble de jeux qui permet de construire et de comprendre comment créer un jeu vidéo.  

Une troisième réalisation a été faite dans le cadre d’un cours universitaire. Avec le partenariat d’un établissement d’enseignement, Ubisoft a reconstruit un espace de réalité virtuelle autour d’un quartier disparu de Montréal.

« La réalité virtuelle peut permettre beaucoup de choses, mais notamment de reconstruire des environnements, des lieux disparus… »

À l’aide d’un casque virtuel, les étudiants peuvent s’immerger dans cet environnement pour percevoir comment vivait la société à Montréal. Cet univers offre également la possibilité d’interagir et de manipuler des objets historiques.

Pendant l’apprentissage, l’IA peut aider à retravailler les compétences et les connaissances en acquises ou non en secondaire. Conjuguer des verbes ou revoir un sujet de science sont des éléments qui peuvent être révisés grâce à l’emploi de cette technologie. Ainsi, les professeurs sont soutenus dans leur travail et les étudiants évitent une surcharge cognitive.

Palmieri parle de la plus-value de la réalité virtuelle (RV). Grâce à celle-ci, les formations peuvent être effectuées à l’aide de gestes réels dans un environnement virtuel ou dans un environnement reproduit. Cette interaction peut aider à vivre une expérience d’apprentissage enrichissante.  

« Les expériences aident, à retenir, à apprendre […] et à mémoriser. »

En regroupant l’intelligence artificielle et la réalité virtuelle, on peut observer les gestes et les comportements de l’utilisateur pour ensuite utiliser ces informations afin d’adapter, par exemple, le contenu, l’environnement ou encore et les interactions qu’il pourrait avoir avec d’autres personnages.

Mot de la fin :

« C’est intéressant de continuer à créer ces opportunités et ces liens entre les universités, les entreprises et les technologies. Et justement, il y a beaucoup de métiers de demain qui sont encore à inventer. »

« Je pense que c’est très intéressant que ces bassins de talents et d’entreprises continuent de collaborer pour développer, notamment, les technologies d’apprentissage de demain… »


Louis-Raphaël Tremblay, Président, Optania

Concernant l’enseignement primaire, Optania a eu pour objectif de développer la métacognition chez le jeune apprenant. Ainsi, l’entreprise a  conçu un agent robot appelé Vigo. Avec l’aide de 72 centres de service dans Mosaïque Portail, ce robot fut développé pour comprendre la courbe d’apprentissage d’un apprenant et pour lui transmettre des messages de rétroaction. Vigo est donc un outil d’interaction et d’aide pendant les moments où l’enseignant ne pourrait être présent. Connecté au parcours académique de l’apprenant, ce robot peut suivre l’enfant tout au long de son primaire jusqu’à la fin de son secondaire.

Au cœur de l’enseignement supérieur, deux  intelligences artificielles pures ont été conçues pour la réussite scolaire : le système ISA et le robot d’accompagnement Ali. En interagissant ensemble ils peuvent mesurer et prédire les risques d’abandon ou d’échec des étudiants. Le système ISA est une interface de suivi académique qui identifie les problématiques scolaires chez l’étudiant. Le robot Ali est une application mobile qui va intervenir auprès des apprenants, lorsque celui-ci est exposé à un risque d’abandon. Les données de ces deux intelligences artificielles sont utilisées pour collaborer et enrichir le processus. 

Selon Tremblay et Castonguay les équipes sont formées de différents corps de métier. 
 
« Ça prend des programmeurs, des intégrateurs, mais on a des profs à temps plein, des orthopédagogues, des psychologues, des travailleurs sociaux. »

Tremblay ajoute que la communication peut parfois paraître comme un obstacle étant donné que chaque membre de l’équipe va s’exprimer dans son propre langage d’expert. 

« Au lieu d’être juste un cerveau, c’est un paquet de cerveau qui essaye de s’exprimer dans un chemin. »

En combinant l’intelligence artificielle avec la RV, l’utilisateur peut s’imaginer des personnages virtuels qui réagissent aux comportements de l’utilisateur. En d’autres termes, il s’agit d’adapter le contenu par rapport à l’utilisateur et de découvrir de nouveaux aspects dans un environnement virtuel.

Tremblay fait une réflexion sur le besoin de formation des maîtres. Suite au développement des technologies, l’IA a connu une grande croissance. Cette avancée a néanmoins renforcé le retard de formation des enseignants. Le professeur se retrouve confronté à des éléments qu’il n’a jamais appris à connaître. Cela l’oblige à devoir comprendre comment intégrer ces nouveaux savoir-faire dans son cycle d’apprentissage. Selon Tremblay, il existe un réel danger si ce besoin de formation n’est pas pris en compte.   

« C’est l’élève lui-même qui est pénalisé, pas parce que l’outil n’était pas bon, pas parce que l’efficacité n’est pas décuplée de tout ce qu’on pouvait faire avec cet outil-là, mais juste pour une chose, juste parce que le professeur n’était pas prêt à le recevoir. »

Adapter ces technologies avec succès, résident dans la capacité à pouvoir les utiliser et à les intégrer au cœur de l’enseignement et des formations. Cela nécessite un développement urgent des compétences de l’enseignant et du formateur.

Mot de la fin :

« […] [L’IA] est un réel changement de paradigme. Ce n’est pas un élément qui est menaçant. C’est un élément qui va nous ouvrir des portes d’interaction avec les élèves, puis l’apprentissage de plus. »


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